1908-2008
12-13-14 décembre 2008 : les journées du centenaire.
Maison de l’UNESCO
125 avenue de Suffren
Paris 75007
Vendredi 12/12
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
A l’écran, dans la salle, une photo de François Dolto et une phrase d’elle :
« Le langage de vérité est salvateur mais terrible car il faut s’accepter tel qu’on est avec humilité ; on va à ce qui nous est essentiel mais sans être fier de soi. »
Ouverture par Catherine Dolto, Présidente de séance,
Présidente de l’Association Archives et Documentation Françoise Dolto).
N.B : (En bleu, les paroles des intervenants ; en rouge celles de F. Dolto ; en noir mes indications quand c’est nécessaire ; en autres couleurs le reste)
Moufida Goucha,Chef de la Section Sécurité humaine, démocratie et philosophie
( UNESCO)
L’innovation trouve toujours autant de difficultés à se faire une place dans les institutions, lorsqu’il s’agit de développer la pensée critique dès le plus jeune âge dans les écoles par exemple.
Le xxème siècle a permis une redécouverte de la parole de l’enfant.
Yannick François, pédopsychiatre, psychanalyste.
Il introduit à la thématique des journées. Il a une pensée très riche et s’exprime très rapidement ; j’essaie de rendre l’essentiel de ce que j’ai compris mais ne prétend pas tout rendre.
La pensée de F. Dolto est source de concepts et de propositions dans un monde où l’enfant, le fou, l’humain semblent réduits au silence.
Aujourd’hui, on applique surtout les théories des sciences.
F. Dolto allait à la rencontre de l’enfant en souffrance, de l’enfant, être de langage.
Aujourd’hui, on dépiste, on circonscrit dès la petite enfance. Chacun reste en souffrance d’histoire.
F.D oppose la puissance vitalisante de la parole. Il est important de soutenir le désir du sujet sans l’aliéner à une idéologie.
Elle parlait de transmission plutôt que d’enseignement académique. Elle ne voulait pas qu’on « fasse du Dolto. »
Elle éveillait le thérapeute à lui-même. Chacun était et est en situation de construire sa propre lecture de Dolto et d’en porter témoignage. Elle était libre et inventive. Elle savait s’exposer sans s’effacer.
Psychanalyse d’enfant et transmission
Jacques Sédat, psychanalyste.
Transmettre, c’est maintenir la porte ouverte pour d’autres. Ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement un savoir mais un être humain en attente d’être entendu.
F.D évitait de mettre des mots sur les dessins des enfants ; elle disait que c’était à eux de parler leurs dessins.
F.D vivait cette capacité de se laisser déconcerter par l’inouï chez le patient ; de se laisser dérouter même si c’est déstabilisant pour l’analyste, face au caractère énigmatique de toute personne, de tout enfant.
Georges Juttner,pédopsychiatre, psychanalyste.
Il propose son intervention en deux parties :
1 L’aspect éthique du contrôle avec Dolto
2 L’aspect clinique
1- En tant que psychanalyste ancienne qui accompagne un débutant, ça ne l’empêchait pas de s’interroger ou d’en interroger d’autres.
Elle mettait maître et élève dans le même statut de collègues et excluait la relation de type maître/élève.
De même, c’est le sujet qui sait dire sur lui-même, le psychanalyste l’accompagne.
Elle l’appliquait aussi au psychanalyste qu’elle accompagnait. C’est chacun de nous qui sait tout s’il veut bien travailler avec tout ce qu’il sait.
Il n’existe aucun traitement sans qu’existe une souffrance. Il s’agit d’accepter la position où on prend le risque de sa propre évolution. La souffrance est indispensable au traitement ; plus le sujet souffre d’un désir non satisfait, plus il est reconnu dans ce désir.
2- Côté clinique, F.D n’envisage pas la psychanalyse comme quelque chose de figé.
Tout traumatisme non élaboré porte en lui ses fruits de mort pour la période suivante.
Le non paiement du patient signifie le refus du sujet de vouloir faire une psychanalyse.
Laissons à d’autres l’illusion d’un travail rapide et aisé
Olivier Grignon,médecin, psychanalyste.
Les psychanalystes en formation à Trousseau étaient amenés à parler de l’impact théorique et clinique sur eux-mêmes. F.D disait qu’ils avaient été ses contrôleurs. C’est un élément fondamental de cette expérience. L’expérience de contrôle vient de l’observation, de l’écoute et de l’expérience au travail en s’y impliquant, en déjouant ce qu’il peut y avoir d’effet miroir ; on est dans une rencontre analytique curative. Le fait d’entendre fait rencontre, loin de grilles de lecture toute faites. La cure est une rencontre. L’assistant est en réalité contrôleur.
Cette affirmation de Dolto que ses assistants étaient aussi ses contrôleurs, c’était très inouï à l’époque.
« Je me souviens avoir été dans le « elle sait » et « je ne sais rien » et me voilà contrôleur ! »
Nous n’étions pas là pour apprendre des théories, un savoir faire.
Ce n’était pas seulement son altruisme mais quelque chose de beaucoup plus fondamental. Quand l’enfant rentrait dans la pièce, il rentrait dans l’espace de F.D avec une dizaine d’assistants présents. Son corps dans le fauteuil pouvait être « face à l’enfant », presque « dans l’enfant ». C’est quelque chose qui tenait à elle et à son génie clinique.
Elle vivait une férocité, une non complaisance avec ce monde de la régression. Elle affirmait la nécessité d’en sortir et de non pas y aller pour en jouir mais pour en ramener l’enfant.
Les participants avaient une fonction très importante ; elle se tournait vers eux pour théoriser.
Il y avait passage d’une immanence à une transcendance, d’un monde à un autre, du monde de la folie à celui où on parle. C’était un exercice dangereux ; différent de « l’egopsychologie » où on analyse à partir de son moi ; différent de la pratique où on entend en tant que sujet. C’est l’état de « présujet », du sujet aux racines du langage .
Quant à prendre la relève, je doute que quelqu’un d’autre que F.D puise le faire. Ça tenait à elle.
Jean-Pierre Winter, Psychanalyste.
Nous avons affaire aujourd’hui aux ratés de sa transmission. Il est question de culpabilité et les psychanalysants sont pris à parti.
Il existe une différence entre le renoncement aux pulsions et la condamnation du désir.
Les enfants peuvent être culpabilisés dès leur plus jeune âge, ravalés au rang d’animaux domestiques. Le rôle des pères et des mères est différent par rapport aux sentiments de culpabilité. On constate que c’est comme ça. La charge de la culpabilité s’est inversée. Les enfants ont aujourd’hui affaire à la culpabilité des parents.
Il renvoie à l’article : « Au jeu du désir ». de F.Dolto.
Lors du temps de question de la salle :
Quelqu’un pose une question sur « l’enfant qui n’a pas de père » et JPW de reprendre ce que F. Dolto a toujours affirmé : « il n’y a pas d’enfant qui n’ait pas de père » et il est capital de mettre des mots sur la réalité quelle qu’elle soit.
Pause Déjeuner sur place.
Vendredi 12/12/2008 Après-midi : Actualité de Françoise Dolto
A l’écran, la phrase suivante, toujours accompagnée de la photo de Dolto :
« J’ai conscience qu’il y a des gens qui essayent de faire du Dolto. On me le dit et je le regrette. Je pense que cela va leur passer. »
Bernard Golse, pédopsychiatre.
Dans les C.H.U, la pensée de Dolto n’est pas transmise aux futurs psychiatres. Il y a un décalage entre ce qui se passe en université et dans la vie, dans la société concernant Dolto.
F.D a donné une nouvelle conception de l’entrée du bébé dans la langue des signes, dans le monde des signes.
Il y a un non verbal du verbal, selon le timbre, l’intensité, le débit etc ; le bébé va entrer dans le langage par le côté musical ; il est très intéressé par la voix de sa mère par exemple.
Pierre Delion, professeur de pédopsychiatrie
Il commence par : « Françoise Dolto est en moi depuis longtemps. »
Il se présente comme professeur en première année de fac de médecine à Lille.
F .Dolto a eu un grand rôle dans la vision du paysage de toute la petite enfance.
Table ronde avec la deuxième génération des psychanalystes.
Intervention de
1- Monica de Paula Perrusi, psychologue, psychanalyste.
Elle se présente comme psychologue clinicienne. A fait ses études au Brésil et connu la pensée de Dolto à l’université. Ella a aussi participé à des séminaires de psychanalystes en France.
Il y a des femmes qui évoquent la difficulté de se sentir mère, qui sont en attente d’un geste du nouveau-né. Il faut inviter la mère à s’adresser à son bébé.
Il existe une difficulté du sevrage pour certaines mères : le bébé peut se retrouver en manque de communication verbale. La mère peut se trouver dans une position régressive si elle se sent réduite au seul rôle de nourrice après que son conjoint l’ait quittée. Le sevrage est réussi si la mère offre autre chose à son bébé. Il est important de ne pas juger les mères ni de les faire sortir de leur rôle.
Sarah Stern,psychiatre périnatal.
Est influencée dans sa pratique par la lecture de Françoise Dolto. Marquée par « l’éthique de la rencontre », c'est-à-dire de se laisser guider par l’enfant.
Elle accorde beaucoup d’importance au prénatal : le contexte de la conception, la relation de la mère avec le père.
Elle insiste sur l’adresse à l’enfant et le pouvoir de la parole. Il n’y a rien qui ne peut pas être parlé.
Georgy Katzarov, psychologue, psychanalyste.
Il y a des milieux universitaires « grinçants » par rapport à la psychanalyse.
Dit de F. Dolto : « c’est une femme qui se donne à connaître autant que ce dont elle parle. »
Table ronde animée par Willy Barral et Daniel Olivier,psychanalystes.
Daniel Olivier a créé une maison verte à Caen. Il lance un cri d’alarme face aux carences de certains parents. Il dit la nécessité d’intervenir précocement dans la vie de l‘enfant.
Il intervient dans le champ de la prévention, dans le cadre spécifique d’enfants accompagnés d’adultes tutélaires. Il respecte l’anonymat et demande une participation financière. La nature du travail d’accueil, la présence de l’accueillant résultent plus du savoir être que du savoir faire.
Elizabeth Wattel-Buclet, Responsable du programme enfance à la Fondation de France.
Elle fait en quelque sorte l’état des lieux des « maisons vertes ».
La fondation a apporté son soutien à une trentaine de lieux qui ont essaimé dans les années 80. Le nombre de lieux d’accueil parents-enfants s’élève à 433 dans les années 2000.
En tout, 850 lieux reçoivent prestations CAF comme lieux d’accueil et de parole parents-enfants. Ce sont des lieux d’accompagnement précoce de la fonction parentale. Les accueillants sont formés à l’écoute. Ë
Samedi 13/12/2008 ; Matin : Les nouvelles difficultés de vivre
Psychanalyse et institutions
Léandro de Lajonquière,Psychanalyste argentin.
La différence qu’a introduit Dolto est de parler à l’enfant plutôt que de parler de l’enfant.
N’y aurait-il plus d’enfants ? On constate des aspects contradictoires dans notre société où on aspire à ce que l’enfant vive bien son enfance et où on est en même temps surpris et content de leur attitude adulte. On considère vite que la cause des enfants serait gagnée. Ce n’est pas si simple. Il est important de parler à l’enfant et de mesurer l’importance de l’implication de l’adulte dans la vie de l’enfant. Ë
Yannick François, pédopsychiatre, psychanalyste.
Ë Toujours pour Dolto, l’enseignement de la psychanalyse relève d’une propédeutique. Elle ne cherchait pas à ce qu’on apprenne à partir d’elle. Il y avait beaucoup d’inventivité chez F. Dolto : émissions de radio, création des maisons vertes, d’écoles. Le risque est de « faire du Dolto », de reprendre telles quelles ses trouvailles.
Samedi 13/12 Après-midi : Filiations et parentalité
A l’écran, dans la salle, une autre phrase de Dolto :
« Les enfants sont dans l’essentiel de ce qu’est l’être humain, dès leur conception et jusqu’à leur mort : l’essentiel est là, qu’il émerge ou non ».
Catherine Dolto, présidente de séance.
Elle parle de l’haptonomie, une rencontre entre l’enfant et les parents dans la vie prénatale. Ce qui caractérise l’être humain, c’est un immense désir de rencontre.
Colette Manier, psychanalyste.
Dans l’assistance médicale à la procréation existent des contextes nouveaux. Sexualité et procréation sont séparés. La filiation se fait selon des modalités nouvelles. Il existe beaucoup de difficultés rencontrées par les personnes pour être parents, des inquiétudes sur la perte de valeurs,une remise en cause de la fonction paternelle.
F. Dolto refusait de généraliser face à ces différents cas : mères porteuses, enfants éprouvettes etc. Elle privilégiait le droit pour l’être humain de savoir d’où il est issu et la nécessité de donner un statut à l’enfant né ainsi. F. Dolto mettait une interdiction au fait qu’il y ait don de sperme sans que l’enfant ait une représentation physique de son géniteur, ce qui va à contre courant des institutions qui entreprennent la conservation des gamettes. La règle de l’anonymat va à l’encontre de ce que disait Dolto. Ces enfants souffrent car sont dans l’ignorance de connaître qui est leur père. Faire évoluer les lois de bioéthique, c’est réaffirmer le droit absolu de l’enfant à connaître ses origines. Aux USA, environ 1000 enfants par an sont nés de mère porteuse ; environ 100 en France.
Il s’agit de considérer les enfants nés de ces différents moyens. La loi n’a pas à s’immiscer dans ces relations. Quelque soit le scénario, les prises de positions psychanalytiques de F. Dolto ouvrent des perspectives. L’éthique du sujet n’est pas réductible au contexte où il naît. F. Dolto n’a jamais cédé à la psychanalyse de l’événementiel et croyait à la portée universelle de l’inconscient. Ce ne sont pas les faits qui importent mais l’angoisse et le non-dit par les personnes qui éduquent les enfants. Le père et la mère sont présents en tout être humain quand ils sont donnés par la parole. Elle avait une irrépressible confiance en la capacité de l’être humain à se réparer.
Pause
Marine Boisson,chargée de mission au Centre d’analyse stratégique
Angle et idées développés intéressant. Pourquoi pas mais trop long, a synthétiser²
Elle présente son regard de politique(sciences po) sur la question.
Il y a une évolution du qualitatif au quantitatif dans l’aide à la parentalité. Comment évoluent les dispositifs en France et dans les pays développés. Les pouvoirs publics sont plus présents. La parentalité a un statut dans la politique publique. On constate une double évolution : quantitative et qualitative.
Les thèmes principaux de cette question sociale sont la résurgence de formes de pauvreté ; la progression de comportements violents ; le ciblage de familles vulnérables dites à risque au détriment d’actions pour tous. Les modalités sont mises en place par l’état, les collectivités locales, les organisations internes et européennes. Les actions sont menées au titre d’une vulnérabilité des familles. C’est un effet de la réforme des états providence, une solution trouvée par les états confrontés à l’ordre post-industriel, un nouveau compromis entre capitalisme et bien-être des populations .Les facteurs isolés sont jugés déstabilisants. On constate une approche gestionnaire du social. C’est inscrit ainsi dans le budget de l’état et non pas dans une action sur la parentalité/subjectivité pour atteindre un objectif macro.
Un nouvel état social préventif qui vise à limiter les besoins de secours ; il ne s’agit plus d’accompagner mais de prévenir les risques et d’accroître les ressources. Il y a des tentatives de solutions entre les réalités socio-économiques et les normes. Au siècle dernier, il y avait de la stabilité. Au début du xx1e siècle, c’est un tout autre régime de normes. L’accent est mis sur l’égalité, des opportunités pour tous. Face à la réalité des « 30 piteuses », avec chômage, familles mono-parentales, on essaye d’investir dans les personnes, dans un social de « compétition ». C’est une économie de la connaissance et des services qui vise à amener tout le monde vers une autre manière de travailler dans un contexte de compétition économique accrue. Il y a un nouvel intérêt pour la parentalité et l’enfance : un capital humain à développer. Il faut s’enrichir par les hommes avec en même temps des idéaux d’égalité comme réduire les écarts et s’intéresser aux modes de garde petite enfance.
Se construit un idéal de parent responsable et un intérêt pour les groupes sociaux qui semblent les plus éloignés de cet idéal. Il existe un risque de stigmatisation dans ce ciblage .Au niveau de la réflexion internationalisée et européanisée, les recherches sont de source académique sans puiser dans les ressources de la psychanalyse mais dans les sciences de l’éducation. Beaucoup de savoirs sont développés dans la sphère nord-américaine. Il s’agit de prévenir, de diagnostiquer, d’intervenir tôt sur des trajectoires défavorables. « Il faut investir efficacement ». Revient-on à des sociétés de contrôle ?
Inquiétude de Colette Manier sur un monde qui ne pourrait tourner que s’il élimine l’affectif et l’inconscient.
Sylviane Giampino,psychanalyste et psychologue petite enfance.
La psychanalyse jouxte le champ de l’éducation. Le social a des représentations de ce qu’est un enfant. La famille est l’objet de toutes les attentes. Il existe une différence entre les actions de soutien à la parentalité et la prise en compte de l’inconscient. C’est le paradoxe du psychanalyse d’être pris entre la subjectivation et l’impossibilité d’y être fidèle.
Mais il y a danger d’un discours nostalgique et réac qui dénierait l’évolution des hommes et des femmes. La famille se porte bien. C’est elle qui a le plus démontré ses capacités d’évolution et d’adaptation. Elle réinvente des formes du « vivre ensemble » : exemples des belles-mères et beaux-pères, des différences de génération, d’assumer son homosexualité.
Ressortent les pièges de la parentalisation du couple sans nier l’importance du couple face à l’événement de la filiation. L’annonce de la grossesse, comment ça s’engramme dans l’enfant. Des enfants qui portent le poids de désir qui ne sont pas les leurs. Les mères évoluent. Le lien mére-enfant est trop souvent surveillé et pas assez soutenu. La fonction maternelle est multiple et complexe.
Du côté des hommes, il y a une revendication des pères. Les rapports sentimentaux sont socialement malmenés. L’arrivée d’un enfant inscrit une relation de dépendance entre humains. On gomme tout ce côté « fragile » de l’être humain. L’identité masculine passe de la production à la reproduction. Le couple fonctionne sur de nouveaux paradigmes. La blessure se fait sentir chez les hommes quand il y a séparation et doublement chez les femmes aussi. Des rencontres éclairent nos vies d’un nouveau sens. « le sens de notre existence s’éclaire à la lumière des rencontres de notre vie. » Les relations parent/enfant se pédagogisent et perdent leur âme. Le soutien parental doit s’adresser à toutes les familles,inviter à la rencontre entre parents. Aujourd’hui, la famille est sous pression comme la pression d’excellence. Dangers du « bébé compétent » et « parent compétent ». Il y a concurrence des infos et des médias. Il s’agit de réapprendre une implication humaine solidaire pour soutenir la parentalité ; un brin de subversion ; non pas de population cible.
Un soutien qui permet les conditions pour grandir, pour le développement de l’enfant ; être là dans les moments délicats ordinaires ; être là dans les accidents de la vie aussi ; lutter contre la souffrance psychique ; éviter le mensonge idéologique, porteur d’angoisse pour les parents.
Parents et professionnels ont à faire le deuil de la merveilleuse illusion de la modernité. On a beaucoup de connaissances mais on peut de moins en moins faire tout ce que l’on sait qu’il faudrait faire.
Un deuxième deuil à faire est celui d’un passé nostalgique « où tout allait bien » qui n’a jamais existé. On ne peut pas tout renier d’aujourd’hui en regrettant le manque d’autorité etc…
Les enfants peuvent être des ralentisseurs humanisants. Ils relèvent toujours la question du sens. Il s’agit de soutenir encore et toujours la dynamique du désir dans le devenir de son sexe ; de ne pas éteindre dans les parents
Le rêve d’un bel avenir pour nos enfants.
Autres extraits filmés d’interventions au Canada de F.Dolto
Quelques paroles plus marquantes :
Le besoin, c’est répétitf ; le désir, c’est du nouveau.
Le silence, c’est pire que de dire du mal du père. Parler en mal de qq, c’est du positif dans l’inconscient.
Dimanche 14 Décembre 2008
Matin ; Prévention, prédiction,dépistage : la question éthique
A l’écran une autre phrase de F.Dolto :
« Certains pensent peut-être qu’ils prennent en analyse un objet dépourvu de liberté. C’est que, faute sans doute d’en éprouver eux-mêmes la certitude, ils sont incapables de donner aux autres le sentiment de liberté .Il existe des psychanalystes qui refusent l’idée que chacun garde une part de liberté, tant cela les angoisse. »
Georges Juttner,président de séance.
Nous ne pouvons pas « exporter » la méthode psychanalytique hors des cabinets. Mais exporter son éthique, oui .Il existe un malentendu lorsqu’on demande des généralisations qui amènent plus à la sociologie qu’à la psychanalyse.
Gérard Guillerault, de formation initiale scientifique(ingénieur Centrale Paris) puis psychanalyste.
F. Dolto ne se réduit jamais à l’éducatif. L’arrière - plan éthique est un aspect non second ; Il en constitue la trame et en soutient l’inspiration. La psychanalyse se fonde d’une éthique qui est de « dégager la dynamique ascensionnelle d’un devenir. » F. Dolto parle déjà de l’éthique du fœtus ; Elle inscrit l’éthique dans les radicelles même de l’être. L’essence même de cette dynamique, c’est le mouvement de la vie. Il y a une dimension éthique dans chacune des phases de croissance de l’enfant : éthique orale, anale…Ce qui est différent de la mise en place d’une normalisation réglée. On n’est pas dans le registre de la normalisation morale. « L’éthique n’est pas la morale ; elle soutient une intention dans sa visée. C’est l’éthique d’un devenir et non la morale d’un comportement toujours en se tenant dans le champ de la psychanalyse.
F. Dolto parlait de l’éthique du désir. La direction, c’est mettre en avant le désir, le reconnaître. On touche quelque chose de beaucoup plus radical que la morale.
Elle était d’une rigueur et d’une vigueur extrême ; ne faisait pas dans la facilité ni la douceur. Chez F. Dolto, il y avait mise en œuvre, mouvement,mise en marche. Tout lien à l’objet a qc d’aliénant. Elle est seule dans l’unicité et dans la force de sa singularité. Elle avait ses références, Lacan était présent dans ses propos. Elle passe outre et va droit au but. Aller droit au but lui confère cette foi. Il se peut que les psychanalystes ne lui aient pas paru suffire.
Que cela plaise ou non, celui qui lui permet d’étayer sa foi en la psychanalyse, c’est Jésus. Elle reconnaît en lui le maître du désir. Cela consiste à faire de Jésus le premier psychanalyste. Les gens, elle les remettait en vérité sur le chemin du désir. Elle était à l’écart de tout préchi précha moralisant. Comme Jésus qui s’en prend aux « vertueux elle en appelle par delà le bien et le mal à l’exigence vécue d’une éthique.
J.D Nasio, Psychiatre, psychanalyste.
A suivi les séances d’analyses d’enfant de F. Dolto. Il décrit comment se déroulait une consultation de la rue Cujas avec des enfants en grande difficulté psychique. Les cures étaient en général assez courtes d’enfants jusque 4 ans, séparés de leurs parents et en pouponnière. Les analystes participants étaient des participants actifs. F .Dolto disait, quand un enfant arrivait dans la salle : « Ces messieurs et ces dames vont travailler avec toi pour que tu sois heureux. » Il lui est arrivé de demander au groupe des analystes présents de chanter, créant ainsi des sensations sécurisantes pour l’enfant. Parfois, F. Dolto s’interrogeait et était envahie par le doute et dit une fois à une petite fille qui ne s’arrêtait pas de pleurer : « je ne sais pas quoi faire pour t’ aider » et puis elle s’adressait au groupe. Elle n’avait pas peur de se montrer défaillante. Elle faisait confiance à son ressenti. Elle incitait à travailler avec notre ressenti à condition qu’il soit sans cesse corrigé par la clinique et confirmé par la théorie. Elle était aussi capable de trouver le mot juste. A cette petite fille qui pleurait, elle dit : « Tu pleures comme un bébé et ta Maman aussi est un bébé qui pleure ».Elle fit ainsi comprendre à Aicha que sa mère l’avait abandonnée dans la douleur.
Où F. Dolto trouvait-elle son inspiration ? Elle ressentait consciemment l’émotion qui rend malade l’enfant et que lui ne ressent pas et lui transmettait par ses mots. Elle parlait avec cette voix inimitable qu’était la sienne, portée par la conviction de dire ce qu’elle a à dire et à temps. C’était des paroles susceptibles de modifier le rapport du patient avec lui-même, qui réconcilie le patient avec lui-même. Une parole qui soulage. En la recevant, le patient découvre qu’il existe qq dans ce monde qui a saisi ce qu’il vit lui dans sa souffrance.
Un psychanalyste ne travaille pas par amour de son patient mais dans le respect d’un contrat. Elle s’adressait directement aux bébés. Une fois à un bébé de 10 mois qui pétrissait de la pâte à modeler, elle dit : « C’est difficile d’être bébé quand on est intelligent ». F. Dolto nous encourage à faire confiance à notre ressenti d’analyste et à toujours chercher.
Elle avait le trac avant ses consultations et le disait.
L’émotion est au cœur de l’analyse. Au cœur est ce qui ne se dit pas et se vit.
Extraits de films de A. de Mezamat.
F. Dolto était effarée par la demande de certains de faire de l’analyse « une technique d’adaptation sociale ». « ça m’inquiète » disait-elle « une société qui deviendrait matérialiste, croyant en la pensée magique, ignorante du sacré, dans la régression de revenir à jouir, je suis content, ah, ah ». Il faut soutenir les enfants à soutenir leur originalité. La motivation d’entreprendre et de continuer est importante. L’analyse ne porte pas sur ce qui est « bien » ou « mal » mais sur la souffrance. L’analyse porte des fruits tardifs dans la vie d’un enfant. Il est important d’être tout le temps dans la communication et vers le nouveau. On ne peut blâmer les fantasmes « d’agressions imaginaires » ;l’énergie passe au dire, à l’imaginaire. A la puberté, il faut la réalité de la relation entre jeunes sans les parents. C’est l’âge des chagrins d’amour. A la puberté, se découvre une passion pour des affects vers la musique par exemple. Il faut soutenir un désir à s’inscrire dans la société. La vie affective et sexuelle n’est plus du domaine des parents.
Aux questions sur les femmes qui élèvent des enfants seules. La psychanalyse écoute la souffrance. La cure psychanalytique ne cherche pas directement à réparer, à consoler .La psychanalyse n’est pas une psychothérapie en elle-même. Dans une société où il y a beaucoup de chômage, il y a une tendance au suicide car on s’ennuie.
Questions de la salle
Sur les vibrations apportées par la voix … la physique quantique…
Georges Juttner répond avec les propos de F .Dolto : l’être humain a besoin de sentir, de vivre des sensations. S’il ne le vit pas, il aura des comportements à risques. L’être humain a besoin de sentir pour se dire « j’existe ». En cure avec les enfants, la parole explicative n’était pas toujours nécessaire.
Il est difficile de transmettre ce que vit un analyste quand un patient pleure parce qu’il vit une émotion forte. Un analyste peut s’émouvoir. ça m’arrive souvent dans une semaine, dit-il. Le cœur d’une relation avec l’autre ne passe pas forcément par les mots, l’essentiel, c’est ce qu’on vit chacun.
Didier Sicard, professeur de médecine interne à l’université de Paris Descartes.
Il est difficile de faire entendre la parole du psychanalyste, comme s’il avait le pouvoir redoutable du devin. Or, le vivant est tout sauf programmé comme un ordinateur.
La conséquence des prédictions, c’est « la traque ; le sentiment de pouvoir substituer des gênes au marc de café. On préfère chercher un gène responsable plutôt que de regarder la complexité du rapport du vivant au monde. Nous sommes le pays le plus dépistant au monde. C’est un bien mais pas pour toutes les maladies. Prédire, c’est enfermer. Dans la sphère mentale, la prédiction peut devenir dévastatrice. Certaines données qui serviraient de prévention à la délinquance ; c’est une illusion. Comment se protéger de l’enfant plutôt que de protéger l’enfant. Une prédiction fait advenir le futur. Il existe le danger du dressage, des maisons de redressement. Il est beaucoup plus simple d’agir de l’extérieur sur un être que d’écouter sa parole. Le marché est porteur, la prédiction est quantifiable ; désastre d’une société qui passe son temps à évaluer.
Tendance dans notre société : il vaut mieux écarter que prendre en charge. C’est réducteur et déshumanisant, une société qui nous débarrasse de ce qui nous dérange.
Le message de F. Dolto, précurseur de cette évolution est porteur d’espérance.
Le message du redressement mental est plus séducteur pour une société qui ne supporte pas l’inconnu. Trouver, c’est montrer des traces et non inventer des preuves.
Et Georges Juttner de conclure : « heureusement que nous sommes tous « patraques », pointant le jeu de mots avec « pas traques .
Claude Schauder, Psychologue et psychanalyste.
Nombre d’institutions pour enfants se sont métamorphosées. Certaines existent, cependant, où l’enfant est en souffrance. Face au mal être, il y a une croissance exponentielle des traitements de type Ritaline. Il faut réfléchir sur les tendances sécuritaires répressives. Avec les enfants dits hyperactifs, il fallait un bouc émissaire pour s’empêcher de réfléchir aux causes même de ce malaise.
Il existe un certain aveuglement du discours de la science. Dans un certain « démocratisme et néolibéralisme », toute notion de limites semble abolie. Or, « tout n’est pas possible, tout n’est pas bon pour l’homme et son petit. » Cette négativité n’est pas acceptée dans notre société. Les parents sont trop soucieux d’éviter les conflits nécessaires à l’éducation. Ils mettent en place des stratégies d’évitements. Un jour, ça craque et ils viennent en consultation. La cause des enfants n’est pas entendue.
F. Dolto était visionnaire ; ce projet des maisons vertes lui tenait à cœur. La transmission peut se faire pas seulement par sa personne mais aussi par les maisons vertes. C’est du même combat dont il s’agit aujourd’hui. Le sujet paraît le cadet des soucis des institutions .Le message de F. Dolto paraît plus que jamais d’actualité avec l’invitation à poursuivre la cause des enfants, la cause du sujet.
Pause Déjeuner
Dimanche 14/12/2008 après-midi ; Perspectives.
A l’écran :
« C’est toujours le désir qui rend audacieux l’homme qui découvre parfois comment reculer les limites du possible, par les moyens même de cette réalité, et non par la magie. »
Table ronde animée par Yannick François.
« Enjeux politiques et sociaux en France. »
La perspective est de rester dans l’ouverture, le travail de la culture. Culture qui, en allemand signifie aussi civilisation.
Patrice Huerre,psychiatre, psychanalyste.
On va regarder comment les représentations collectives pèsent sur les épaules des humains pubères et jeunes adultes. Va-t-on continuer à les classifier ainsi ? ils sont pris au piège de « l’adolescence » et vivent une question identitaire.
La prévention laisse la place aux préventions. On en arrive à nier la période de latence et à prolonger la post adolescence. On retrouve toujours ce pointage sur la génération juvénile des inquiétudes de la génération existante.
Il existe des contradictions dans notre société. « Travaille, dit-on aux ados, c’est important pour ton avenir » et ils entendent en même temps des parents dire : « vivement le week-end, la retraite »etc . Il y a stimulation de compétences le plus tôt possible puis on s’étonne de la floraison de recherche de stimulations extérieures. On est toujours sur l’avoir et pas sur l’être .On confond agir et pensée. On les dit immatures et on leur dit d’être responsables. Il y a confusion ; des besoins de contenance, de ce qui est répressif. Ils ont droit à l’autorité fiable et bienveillante. Il y a confusion entre égalité et droits de chacun .Il faut redonner sa valeur à la notion de minorité ; au devoir de protection et d’éducation. Il faut aider à repérer les compétences, se soucier autrement des adolescents que de manière négative.
Geneviève Guicheney,journaliste médiatrice à France Télévision.
Elle travaille au « développement durable » à France Télévision.
Elle a été médiatrice des programmes. A accueilli les paroles des téléspectateurs qui écrivent en très grand nombre. Le téléviseur est au cœur du foyer. Elle relate le dialogue avec une instit qui n’avait pas abordé cette question de la télé et de sa place dans la vie des enfants. Les ados ne regardent pas beaucoup la télé ; ne s’y reconnaissent pas.
Elle conclut par : « je voudrais que vous vous inquiétiez des téléspectateurs et de leur souffrance » .
Sylviane Giampino,
Elle est engagée dans l’association : « Pas de zéro de conduite » ; soulève la question de la prévention .Il s’agit de limiter les dommages liés à l’humanité de la personne. Le dépistage précoce des jeunes ou enfants « les plus à risques » est similaire au tri ou triage médical. Par exemple, le mensonge, chez un enfant de 4 ans est nécessaire. Il est étiqueté comme un item. Selon les psychanalystes, il existe un dérapage épistémologique. Il y a confusion entre différence psychique et délinquance. Les plus grands délinquants ne sont pas débiles.Il y a danger d’un projet de société qui vise à « tous normés ; 0% de problèmes ». La communication devient un outil permettant de raconter des histoires et non plus la réalité. Les enfants se sentent traqués sous prétexte de transparence.
Conclusion de Yannick François
Qu’est ce que l’on peut opposer à cela ? Le désir et sa valeur, sa fonction subversive. Le désir est aussi du côté du devoir des éducateurs. La pulsion de mort, c’est là où le désir se repose. Le désir, ça fatigue.
2e table ronde animée par Claude Schauder
Enjeux politiques et sociaux dans le monde
Irène Krymko-Bleton, professeur à l’université de Montréal,pratique la psychothérapie et la psychanalyse.
Elle est cofondatrice de la maison buissonnière, type maison verte, à Montréal.
Il y a de grandes confusions et diverses tendances idéologiques. Les interventions comportementales sont souvent considérées comme seules valables.
Il reste des bastions de résistance à Montréal. Une petite minorité de professeurs y côtoient des étudiants qui « ont faim ». On leur doit la survivance de la psychanalyse. Ce serait impossible aux USA où la pensée de F. Dolto est totalement inconnue.
Lulli Milman,Psychologue, psychanalyste.
Elle a créé « la maison de l’arbre » dans les favellas de Rio de Janeiro. Ce sont des espaces qui favorisent le développement potentiel créatif des enfants. Les Favellas échappent au contrôle de l’état. ; sont sous le contrôle des trafiquants de drogue. La population a plus peur de la police que des criminels. Cette maison soutient son unité autour des idéaux éthiques de F. Dolto.
Jalil Bennani, psychiatre et psychanalyste à Rabat.
Au Maroc, « l’adolescence » est un problème récent et social. Il y a très peu de thérapeutes et de structures pour enfants. La notion d’individu émerge. Le tabou de l’inconscient est lié à la liberté de parole, longtemps étouffée dans un discours collectif où la parole singulière était censurée.
Table ronde animée par Caroline Eliacheff et Catherine Vanier :
« Psychanalyse et destins » Des personnalités témoignent
Donnons la parole aux bébés et aux analysants
Interview filmé de l’acteur Charles Berling.
A la question de « Que vous a apporté la psychanalyse ? ». Il dit retirer un bénéfice immédiat après une séance ; en ressort allégé. Ça m’a enlevé beaucoup d’idées sur moi-même. J’ai essayé d’être au clair avec moi-même. C’est un travail. Quelque chose travaille dans des zones qui sont sources de connaissance infinie. C’est une activité qui se joue du temps et c’est sans doute salvateur.
Témoignage de Marie Darrieusseq, écrivain, venue avec son tout petit bébé qu’elle allaite.
La psychanalyse a totalement changé ma vie pour du mieux. A 25 ans, j’en avais absolument besoin ; j’avais tout pour être heureuse mais ça n’allait vraiment pas. Un des premiers bénéfices a été de m’autoriser à écrire. J’ai 3 enfants dont un petit bébé dans la salle. Elle avait un problème de déformation de l’utérus à cause du disthilbène ; a pu explorer sa marge de liberté. Sa première expérience de psychanalyse ne fut pas bonne ; ce n’était pas la bonne personne. Ce qui l’a marquée avec un deuxième psychanalyste, c’est qu’il lui a dit : « vous avez du chagrin » puis « de la colère ».J’ai découvert qu’en allant parler de moi, j’embêtais beaucoup moins mes proches. J’ai découvert l’autre. Ça m’a ouvert au public des lecteurs.
Témoignage filmé de Anne Roumanov.
Elle parle essentiellement d’un problème avec sa petite fille qui piquait des colères ; a vu quelqu’un pendant 3 séances .Elle recommande un psychanalyste quand elle entend des parents qui ont un problème avec leurs enfants. Ça a été très bénéfique pour sa fille. Puis elle finit par dire que elle-même se sent mieux dans sa peau grâce à la psychanalyse.
Conclusion de Alain Vanier
Les intervenants étaient formidables et vous aussi. Notre même souci, c’est Dolto ; que ce soit l’ouverture pour la question de Dolto et la question de la psychanalyse. C’est une aide à vivre sa marge de liberté et une fonction d’aide aux parents. F.D était une pionnière pour les enfants ; elle voyait les parents aussi. C’est une leçon de rigueur ; jamais de « gnagnasseries » chez elle. Une question politique et sociale s’est condensée dans son nom, manifestant une mutation dans la transmission aux générations. L’enfant jusque là était une figure à éduquer. La décolonisation a eu un impact aussi. La fonction du père était de légiférer ; on note une perte de confiance en sa propre parole.
L’enfant est devenu le lieu d’une promesse. Les enfants ont un poids considérable à porter : objets de toutes les projections fantasmatiques. C’est inquiétant une société qui a peur de ses enfants. La transmission de la psychanalyse et de F. Dolto s’est faite dans le malentendu le plus total. Il y a eu beaucoup de fermeture de lits en psychiatrie. La psychanalyse d’enfants n’est pas de l’éducation.
L’enjeu est de réinventer la psychanalyse dont a besoin l’époque. Elle n’est pas hors lien social. A nous de tenir nos lieux, d’en investir d’autres. Elle modifie le lien social. Il s’agit d’accepter que la psychanalyse soit un grain se sable qui s’occupe de ce qui ne tourne pas rond.
Conclusion de Catherine Dolto
De ces journées, nous allons ressortir revigorés. Nous étions aussi dans la philosophie. Il ne s’agit pas de faire de nous des résistants à la nouveauté. Nous avons tous été nourris et nous allons voir ce que ça a réveillé en nous dans la durée. Ces gens qui nous font vivre sous la règle du quantifiable ; ça nous donne des arguments pour contrer ceux qui font n’importe quoi.
Il nous faut veiller à célébrer une certaine idée de concevoir le sujet : générosité, liberté, respect, droit au doute devant le sujet toujours en devenir. Dans ce sens, je veux bien être la « gardienne du temple » pour une humanité toujours en quête de sens, où on vénère la fragilité, ce qui nous échappe.
La suite de ce colloque ? Des actes de ce colloque seront publiés sur France Culture ; Il y a possibilité d’accès aux archives. Pour info sur la suite on peut consulter : wwwdolto.fr
Catherine Dolto termine en remerciant et en appelant sur la scène tous les bénévoles qui ont aidé à organiser ces journées. Une cinquantaine de personnes et beaucoup de jeunes.