Recherche dans le site







You are here: Home Maria Montessori 2 - Colloque national Montessori - N. Ménicot
2 - Colloque national Montessori - N. Ménicot

Compte rendu du colloque national Montessori des 1er et 2 octobre 2005 à Paris par Nathalie Ménicot, lectrice de longue date et rédactrice occasionnelle pour la revue L’enfant et la vie

...

Et si le thème du colloque « Quelle éducation pour quelle société ? » se transformait au fil des interventions par « L’art de la rencontre » ?

C’est grâce à cette citation de Montaigne « L’éducation, ce n’est pas remplir un vase, mais c’est allumer un feu », que Nicole Thomas, présidente de l’Association Montessori de France,
a ouvert un débat très riche ponctué de la participation de personnes très complémentaires les unes des autres.

Une question essentielle à se poser aussi bien en tant qu’éducateur que parent fut proposée par Patricia Spinelli, directrice du cours Montessori à Paris, « Comment faire émerger le potentiel humain présent en chacun de nos enfants ? » et quelques phrases clefs de réflexion comme « Le nouveau-né, être biologiquement culturel et social, crée son humanité à travers la rencontre avec l’autre »  ou encore « Le premier chemin que l’enfant doit trouver est le chemin de la concentration » et enfin « l’adolescent, envoyé aux travaux des champs, reprend contact avec ses origines, loin de son foyer : il y continue de construire sa personnalité »

 

L’intervention, à la fois la plus inattendue et la plus marquante pour moi, fut celle d’Albert Jacquard, généticien et écrivain, avec sa phrase : « Il faut être quatre pour faire un bébé ! » Grâce aux avancées de la science au XXIè siècle, même si François d’Assise parle de notre sœur la goutte d’eau et Hubert Reeves « Tu n’es que poussière d’étoile » nous pouvons dire que nous sommes « êt e unique et singulier, extraordinaire de complexité » Il nous fait rentrer dans la composition de l’univers avec une facilité étonnante : He, pris seul n’est rien alors que combiné avec deux autres devient Ca (He+He+He=Ca) Le carbone d’où jaillit la vie ! Trois milliards d’années pour voir la fabrication d’ADN se concrétisée, puis encore un milliard d’années pour voir l’arrivée de deux êtres qui finissent par en faire un troisième avec l’aide de deux autres ! Un homme, une femme, un spermatozoïde et une ovule : 4 !
Toute cette multiplication phénoménale de cellules entraîne des connexions de neurones qui permettent l’intelligence, la réflexion, l’invention d’un langage pour une interaction toujours plus pointue, plus subtile des individus entre eux : ainsi naissent sentiments, espoirs et sensations. En quoi, l’école est un lieu d’apprentissage ? Elle l’est si elle est un lieu où le jeune se pose des questions et si l’on y enseigne l’art de la rencontre ! La vie est une fabuleuse école où l’on apprend à connaître et à comprendre l’autre, apprendre les mathématiques, c’est maîtriser le beau sujet de conversation : s’apercevoir que l’on est capable de raisonner, découvrir la notion d’infini. L’intelligence ne se mesure pas, ne se compare pas : un nombre est sacré ! Un grand danger pour l’individu est la compétition : gagner et perdre, c’est vivre ensemble. En revanche, l’émulation, la stimulation sont autant d’éléments à proposer à l’enfant pour prendre et garder confiance en soi. Si les ministres des finances se mettaient au service des ministères de l’éducation nationale et de l’action sociale, peut-être y auraient-ils moins de gâchis chez nos enfants et adolescents ? Albert Jacquard se dit en faveur des classes uniques même au collège et en faisant attention aux classifications dans des quotients d’intelligence : au nom de quoi hiérarchiser l’intelligence : tout est une question de construction de l’aventure humaine !

 

Luciano Mazzetti, professeur d’université de Rome, nous a tous surpris par des révélations faites au sujet de la vie privée de Maria Montessori. Elle a eu un fils Mario avec le psychiatre Montessano, qui l’aurait élevé dans sa maison de campagne pendant 11 ans loin de sa mère. Maria aurait beaucoup culpabilisé de l’avoir laissé du fait qu’elle n’était pas mariée avec le père de l’enfant. Elle l’a ensuite gardé auprès d’elle pour rattraper le temps perdu et développé une hyper sensibilité envers les enfants. Cela aurait énormément influencé ses recherches de pédagogie humaine. Toujours d’après cet intervenant, le but de Maria Montessori quand elle ouvre la première « Maison des enfants » aurait été de « calmer les démons qui occuperaient l’esprit de l’enfant » en l’aidant à rencontrer l’autre dans des tâches très concrètes. Ce travail intérieur viserait à protéger l’enfant de ses peurs intrinsèques. « Eduquer signifie Labourer dans les profondeurs de l’âme » Rencontrer l’autre n’est pas chose facile « Il est dit d’aimer son prochain… mais il ne faut pas oublier que l’autre est différent » Et l’autre, ce peut-être le frère, la fraternité comme au contraire l’ennemi qui engendre la peur. Donc, pour M. Montessori le sens de notre vie est de se connaître pour mieux apprivoiser l’autre et s’en faire un compagnon de route. En pensant que l’enfant qui naît est bon, elle vénérait le petit d’homme comme un messie, un maître dont on à tout à apprendre. Ces propos ne lui ont pas fait que des amis parmi les théologiens de l’époque : serait-ce une raison pour laquelle M. Montessori aurait eu du mal à se faire reconnaître dans certaines contrées ?

 

Avec André Giordani, directeur du laboratoire de didactique et d’épistémologie des sciences à Genève, nous avons fait un tour d’horizon sur la façon dont on risque fort de « casser » le désir d’apprendre chez un enfant ou un adolescent si l’adulte oublie de prendre en compte son envie folle de questionner l’univers. L’enfant est auteur de son apprentissage s’il peut expérimenter la « déconstruction » de son environnement.  De la contradiction et du paradoxe, naît un système de pensée : « Qu’y a-t-il dans la salade niçoise ? » « rien de niçois !  et pourtant tant de choses délicieusement différentes. » Tout l’art de l’enseignant ou le parent est de susciter suffisamment de passion chez l’enfant pour qu’il se construise lui-même une culture avec les ingrédients mis à sa portée.

 

Bernard Golse, psychiatre aux hôpitaux de Paris, nous a proposé une réflexion autour de la connaissance et l’affectivité, concepts indissociables pour pouvoir rencontrer l’autre. J’avoue humblement que son explication de l’angoisse du 8è mois chez le nourrisson m’a conquise. Ce trouble normal démontrerait que l’enfant, arrivant à comparer les visages familiers et non familiers, accède à une étape de mémorisation indispensable à sa croissance. Pour ce médecin, l’enfant doit bénéficier de temps pour rencontrer son milieu. Après une période de latence entre 6 et 12 ans, fortement liée au cognitivisme et à l’affect, l’adolescent rentre dans une logique de pensée mathématique : il a besoin de « refaire » le monde, c’est-à-dire de le penser à sa façon pour se libérer du support concret et intellectualiser ses émotions. « Co-naissance fait état de naître à l’émotion »

La seconde partie de son exposé a cherché à mettre en évidence que nous vivions dans une société agitée qui, comble du paradoxe, désire des enfants calmes ! Or l’enfant a besoin de lenteur pour se développer avec un adulte à la bonne distance. Il est remarqué dans les statistiques d’aujourd’hui qu’en Occident, l’enfant est rare donc précieux, arrive plus tardivement dans les foyers et doit être parfait tout en étant autonome très tôt. « Un enfant ne peut être seul que s’il ne l’est jamais dans sa tête »

 

L’exposé « Comment développer la citoyenneté dans nos pays, écoles et familles ? » introduit quelques définitions d’après Gilles Gugliemi, docteur en droit : la citoyenneté est une participation active à une vie collective, elle peut être reconnue comme une valeur ou une faculté de l’individu, elle est investie au fil du temps ou est un mode de pensée. A la question « L’école forme-t-elle des citoyens critiques et éclairés ? », ce penseur nous renvoie à nos propres solutions et observations des enfants et adolescents : ce sont eux qui, très souvent, ont la réponse.

 

D’après Lynne Lawrence, directrice du cours Montessori à Londres, le pouvoir constructif de l’enfant est de devenir indépendant, avoir le désir d’explorer, de s’engager et d’appartenir à un groupe. Malheureusement il se peut que certains enfants n’y accèdent jamais ou partiellement. La commission de l’UNESCO développe quatre piliers de l’art de la rencontre : celui d’apprendre à être, d’apprendre à savoir, d’apprendre à faire et d’apprendre à vivre ensemble. De ce dernier, dépendent les trois autres et permet la socialisation. « La rencontre des enfants par groupes d’âges leur permet de se découvrir différents et de se révéler à eux-mêmes ; cet inter échange est vécu de façon unique par chaque enfant : il est dans un processus de devenir, puis d’appartenir »

 

Jean-Claude Snyders, enseignant et écrivain, nous a invité à la réflexion sur « comment construire la paix si les racines de la violence sont implantées en profondeur en l’individu ? » Peut-on donner la chance à l’enfant de vivre avec son agressivité plutôt que contre elle ? Il nous interpelle sur deux choses contre lesquelles, parents et éducateurs, ne devrions pas nous fâcher : la maîtrise de ses sphincters et la sexualité. Pour lui, les enfants que l’on aurait pas laissé tranquilles avec ces deux éléments de croissance n’auront pas envie de pureté, donc envie de tuer ! Il insiste sur quatre points importants dans l’éducation à dispenser à l’enfant :
Eviter les menaces (religieuses, laïques, qui retire l’amour, d’abandon, d’appétit…)
Epargner les coups (c’est une atteinte à l’intégrité physique et psychique de l’enfant, un enfant battu sans raison n’arrive pas à développer son sentiment de justice, il n’existe pas de petites gifles…)
Eviter d’humilier et d’ironiser (certains grands criminels ont été humiliés profondément pour en être arriver à s’en prendre à autrui…)
Eviter de dévaloriser (risque d’entraîner parfois à la recherche de compliments sectaires bien appréciés, approuver sans restriction les productions de nos enfants, qualifier l’acte de violent plutôt que l’enfant lui-même…)

 

L’enfant et la vie vous invite à vous procurer le livret publié à l’issue du congrès ‘quelle éducation pour quelle société ?’ édité par l’association Montessori de France y 15 €. Voir coordonnées dans la rubrique liens. Ce livret reprend l’ensemble des excellentes conférences du colloque.