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Eduquer ou apprendre l’art de la rencontre

L’une des missions de l’école est de proposer un savoir, tout en continuant le travail de socialisation et d’éducation entrepris par les parents et l’entourage de l’enfant. Il s’agit pour l’école de devenir un espace de rencontre entre les enfants et le savoir. C’est l’une des propositions de la pédagogie de Maria Montessori.



Si l’apport pédagogique de Maria Montessori est toujours d’actualité, c’est avant tout parce qu’il prend racine dans une conception de l’humain partagé par d’autres philosophes, psychologues, pédagogues, médecins, éducateurs et parents. Et que l’ensemble de ses apports n’a pas encore été pleinement exploré à ce jour. Pour elle, l’école devient un lieu où l’on apprend l’art de rencontres multiples. Appréhender la rencontre comme un art n’est pas sans poser question. Si la rencontre peut  s’apprendre, elle doit pouvoir trouver place au sein des programmes et des propositions scolaires. Mais quelles sont donc les rencontres possibles au sein de cet espace de socialisation et de savoir ? On peut en dégager trois : la rencontre avec « soi-même », la rencontre avec « les autres » et la rencontre avec « le savoir ».

L’art de se rencontrer.
La première personne à qui l’on est confrontée lors de l’apprentissage, c’est soi ! Nous sommes rapidement surpris par nos capacités, nos propres savoirs, nos lacunes, nos facilités ou nos difficultés à apprendre. Nous nous découvrons comme nous sommes, et non comme nous nous rêvons. Il nous faut d’abord nous accepter comme nous sommes avant d’accepter de changer, d’évoluer, petit à petit, jour après jour. Un peu comme un tableau qui prend forme aux grés des pinceaux, des couleurs et de l’artiste. Car qui dit art, dit artiste. C’est donc au cœur de la petite enfance que va se jouer cette création nouvelle. Création qui va s’enraciner au plus profond de nous et du monde pour alimenter toutes nos rencontres à venir. Il est donc primordial de soigner l’espace de cette rencontre. Il doit être délimité mais ouvert, rassurant mais porteur de différences et surtout il doit stimuler les possibilités propres à l’enfant.

L’art de rencontrer « les autres ».
Dans cet espace de création vont évoluer un certain nombre de personnes. Certains seront des « apprenants », d’autres seront des médiateurs (entre les enfants et le savoir par exemple), d’autres auront des tâches matérielles (toutes aussi éducatives), et enfin les parents qui seront « de passage » tout en gardant leur rôle d’éducateur privilégiés et premiers. Le risque est de transformer cet espace de création en un espace de peurs et d’inquiétudes mutuelles partagées. Car l’autre n’est pas seulement un semblable, un réconfort ou une source de fraternité, c’est aussi celui qui nous fait peur. Et plus l’espace est étroit, limité, plus les peurs deviennent grandes et plus la rencontre risque de se transformer en confrontation. C’est face à ce défi, que Maria Montessori a eu l’intuition de « la maison des enfants ». Un espace de rencontre où on aide les enfants à gérer leurs peurs de l’autre, leur complexe d’infériorité et à oser la rencontre sur des bases communes. L’être humain met en route toutes sortes de mécanismes et de dynamismes pour fuir la réalité et ainsi éviter la rencontre de l’autre. Apprendre à domestiquer les démons que sont un complexes d’infériorité, un sentiment profond de défiance face aux autres, des sentiments de possession et de pouvoirs, c’est ce que Maria Montessori appelle « la normalisation » de l’enfant.

Construire cet art de la rencontre peut aider un enfant à éliminer ce qui empêche la rencontre.
Ce qui l’en empêche, c’est l’insécurité que j’ai en moi et peut-être la peur que j’ai de toi.

L’art de rencontrer le savoir.
Pour Maria Montessori, la rencontre avec le savoir dépend avant tout de l’ambiance ou plutôt des ambiances toujours différentes que l’on va créer autour de ce savoir. L’ambiance pour un enfant, c’est ce qu’il vit et ce qu’il perçoit. L’enfant va aller à la rencontre de l’espace proposé avec l’ensemble de ses sens, de ses capacités et des acquis qu’il va mettre en œuvre. Il ne va ni voir, ni sentir, ni entendre comme nous ou comme un autre enfant. Il s’agira que « l’important » soit toujours mis en évidence pour qu’il aille le chercher là où il se trouve. Que chaque enfant soit aussi différent est une richesse, richesse que l’on doit mettre au service de cette ambiance. Si les différences deviennent des barrières, un parti du « savoir » sera alors hors d’atteinte des enfants. Il ne sera jamais à disposition de tous. C’est donc notre manière « d’éduquer » au quotidien qui doit changer. Eduquer les « autres » signifie les aider à être ce qu’ils sont potentiellement et non les rendre différents, ou les coloniser.

Eduquer, plus qu’un métier.
Pour Maria Montessori, éduquer n’est pas seulement un métier, cela demande quelque chose de plus. Il ne suffit pas qu’un maître ou une maîtresse sache bien les choses. Il semble que ce médiateur entre l’enfant et le savoir doive savoir, savoir faire, initier et ensuite dilater.
Plus important que les programmes scolaires, il y a les yeux de l’enfant qui te regardent. Ils sont pleins de besoins, d’envies et de rêves. Il y a donc plus en jeu que de simples compétences. Il doit y avoir en chaque éducateur un rêve. Et c’est rejoignant le rêve de chaque enfants que l’on peut distiller un savoir grâce à son savoir faire. Reste à dilater, à répandre notre expérience de vie au monde.
Avoir le courage de s’ouvrir pour que les autres s’ouvrent à leur tour.
Un peu comme une fleur qui doit accepter, en révélant sa beauté au monde, les agressions de ce monde à qui elle livre sa beauté. Si elle ne s’ouvre pas, personne ne la connaîtra et le monde en sera moins beau.

Face à une enfance et une adolescence qui a probablement plus de problèmes que celles d’hier, la pensée de Maria Montessori nous propose une véritable psychothérapie enfantine et une réponse « facile » à mettre en œuvre dans le contexte éducatif d’aujourd’hui. Laissons la fleur nous offrir toute sa beauté et appréhendons-la avec tous nos sens.

Joël Thellier, président de l’association Centre Nascita du Nord et rédacteur pour la publication.

D’après L’actualité de la pédagogie Montessori De Lucciano Mazzeti extrait du livre des conférence du colloque Montessori 2005


publié le 04 avril 2006